Véronique Rouquet, xavière et photographe pour le rassemblement, relit les trois jours à Marseille sous l’angle de son rôle de photographe. Comment retranscrire, par ses clichés, les moments d’émotion, la beauté d’un regard, la trace d’une parole.

Le rassemblement en tant que photographe

Photographe pour le rassemblement, j’ai vécu ces deux jours à la fois de l’intérieur et à distance.

De l’intérieur, car comme tant d’autres, je me suis mise en route et ai posé mes valises à Marseille, l’espace de quelques jours.

A distance, car « mine de rien », en coordonnant les photographes du rassemblement et en étant moi-même partie prenante de ce service, j’ai dû faire des allers-retours, participer plus ou moins longuement aux activités, passer parfois en coup de vent, l’œil aux aguets et les oreilles ouvertes. Je veux pouvoir me placer à temps sur un bon lieu, sans trop déranger, et capter avec mon objectif la trace d’une parole, d’un mouvement, l’élan que crée un regard qui dit parfois beaucoup.

A travers mes photos, je voudrais que d’autres, comme moi, soient saisis par une beauté que j’ai perçue, qui m’a touchée, voire émue.

Les déambulations : un temps gratuit, une proximité facile

Samedi, au matin des déambulations, je me demandais comment pouvoir rendre compte, pour les gens à distance, de la diversité des déambulations. Nous ne pouvons faire de miracles : 5 photographes pour 500 parcours (ce dernier chiffre à lui seul donne le tournis et me plonge dans l’émerveillement devant le travail accompli, en sourdine, au long des derniers mois…). Je crée un groupe Whatsapp avec mes sœurs xavières, disséminées dans les différentes équipes ; les photos envoyées depuis des endroits si divers contribueront à alimenter les fils Twitter et Facebook « à chaud ». Que quelque chose soit rendu visible de la diversité de ce qui s’est vécu !

Avec mon équipe de déambulation, je vis sous la pluie un temps gratuit et beau. Nous ne nous connaissions pas, et nous partageons des choses tellement fortes, déjà. Merveille de ces quelques jours où, m’a-t-on dit, s’est beaucoup vécu ce petit miracle de proximité si facile, si rapide avec des gens que l’on ne connaissait pas.

Dimanche, je descends à l’église Saint-Ferréol : le Jour du Seigneur va filmer la messe. Je vis la messe sur les côtés, toujours derrière les caméras, et près des gens qui sont dans l’ombre et s’occupent de la retransmission en direct. Comme d’habitude quand je photographie, je me laisse toucher moins par ce que j’entends que par ce que je vois, et ici c’est le « ballet » des vidéastes qui retient mon attention : ils sont agiles, souples, concentrés, réactifs. Sur mes photos, j’essaie de rendre visible leur travail.

Rencontres, pépites et conversion

A partir du dimanche après-midi : unité de lieu. Ça va nous faciliter la vie, me dis-je, car nous serons tous ensemble, les participants et les photographes. Finalement, les défis seront autres. Des stands lors du festival de la famille ignatienne, et tant de choses en tant de lieux ! Des rencontres par-ci, par-là… Pour moi, elles sont toujours furtives car je ne sais pas me poser tranquillement quand je suis « à la com » ! Mais je vois des sourires, des échanges d’adresse, des tracts distribués, des livres achetés. Et des pépites, des temps inattendus, tel ce sketch d’enfants musulmans et chrétiens qui détricotent de nombreux stéréotypes, sous un ton humoristique et enlevé, au début de l’atelier sur le dialogue islamo-chrétien.

Puis viennent le spectacle du soir et la messe de la Toussaint. Parce que la scène est au milieu, 4 écrans envoient le signal vers les 4 points cardinaux. Tous les participants sont tournés vers le podium, saisis par le récit de la conversion d’Ignace, si magnifiquement et subtilement mis en scène. Les acteurs tournent autour du centre, changent de direction, s’approchent d’une partie du public puis d’autres ; les visages irradient ; les dialogues, les couleurs, les jeux de scène nous saisissent et nous rejoignent.

Rassemblés autour du Christ pour partir au large

Le lendemain, nous fêtons Tous les Saints. Nous voici au terme du rassemblement : nous nous sommes déplacés jusqu’à Marseille, avons vécu des rencontres diverses et si variées en tous lieux de la ville, puis nous nous sommes retrouvés en famille, heureux d’être là, à l’écoute de la Parole.

C’est maintenant que, tous rassemblés autour de Celui qui nous appelle et nous envoie, nous pouvons partir au large. Rassemblés pour être disséminés, porteurs de la bonne nouvelle d’une fraternité qui nous dépasse et nous fait porter la joie.